De village en village, d’un site à un autre, comme autant d’îlots au milieu d’un océan de terres cultivées, le parcours Archipel se présente comme un ensemble de propositions artistiques qui interrogent notre façon de regarder notre territoire. Dans différents espaces, qu’ils soient publics ou privés, des œuvres sont disséminées de-ci de-là comme une forme de déploiement de l’activité de La Chapelle Jeanne d’Arc, Centre d’Art Contemporain d’Intérêt National (CACIN).
L’ÎLOT Thouars
À La Chapelle Jeanne d’Arc, Élise Guillaume présente Par le corps, une installation composée d’algues prélevées en mer du Nord. Celles-ci apparaissent comme un ensemble de fragments de matière et de peaux. Le projet s’étend jusqu’à la crypte, où il propose une écoute sous-marine aux multiples détails et bruits anthropiques. En abordant l’intime comme des formes environnementales, l’artiste tisse un lien sensible entre le corps et la nature.
L’ÎLOT Montreuil-Bellay
Au château de Montreuil-Bellay, Marion Chambinaud et Marjolaine Turpin présentent Mauvais temps, « une installation de gazettes, petites chambres traditionnellement utilisées dans la cuisson de la porcelaine et que l’on place à l’intérieur du four afin de protéger les pièces des dépôts de fumée ou de cendre…
Contenant des éléments organiques à chaque fois différents, elles ont été soumises au feu : la matière calcinée laisse des traces sur les parois, images dessinées par la transformation. La combustion réveille aussi les oxydes contenus dans le verre : des couleurs font surface. Par un jeu d’éclairage placé dans les gazettes de porcelaine, des auréoles lumineuses s’élargissent sur les murs, tableaux impalpables où se révèlent ces discrètes alchimies ».
Anne Malherbe, extrait du texte de l’exposition Mauvais temps, Le Creux de l’enfer, 2024.
L’ÎLOT Louzy
À la Maison des Mémoires, Étienne de France présente le film Champ :
« Dans Champ, il y a d’une part le choix de cette parcelle spécifique en Bourgogne, non loin d’une maison familiale, lieu que je fréquente depuis toujours et dont l’aspect visuel, l’horizon et les perspectives m’ont sans cesse attiré puis formé dans mon apprentissage de la photographie et de la vidéo.
D’autre part, les deux frères agriculteurs exploitant ce champ ont suscité chez moi un intérêt croissant au fil des années, alors que je les voyais travailler et que nous discutions régulièrement. Leur expérience, leur réflexion sur leur propre travail et sur l’agriculture en général révèlent des questionnements et des enjeux cruciaux d’un point de vue culturel, économique et politique. Dans cette œuvre, je veux approcher cet échange et ces questionnements au travers de la cartographie de l’espace et des rapports de perception et d’imaginaire entre l’homme et le paysage ».
Dans le Parc du Clos du Château, Simon Feydieu installe Floaters : collages monumentaux tridimensionnels. Ces œuvres aux formes hybrides, issues du domaine de la sculpture (céramique, bois, pierre, outils…) ou des univers corollaires (nourriture, rebuts, parties du corps…) retrouvent une unité grâce aux impressions en niveaux de gris, conciliant ainsi l’esthétique du collage d’avant-garde et l’économie de moyen Do It Yourself.
Les Bien-Assis de Tom Castinel se déploient également au pigeonnier du Clos du Château dessinant ainsi le maillage entre différents îlots d’Archipel.
L’ÎLOT Château d’Oiron
À la Tour des Ondes, Guillaume Linard Osorio installe Peinture-écran. Une surface en polycarbonate, préalablement injectée d’encres, se déploie sur toute la hauteur de l’immense fenêtre. Elle absorbe la lumière en provenance du parc, nous plongeant dans une atmosphère diffuse et colorée. En créant ce filtre, l’artiste interroge les notions d’intérieur et d’extérieur, mais aussi la puissance d’attraction des écrans et des images qu’ils diffusent.
Au salon Arlequin, il propose une mise en abime de l’histoire des œuvres disparues d’André Raffray, elles-mêmes réalisées en référence aux quatre chefs-d’œuvre de la peinture française du XXᵉ siècle qui ont quitté la France pour de grands musées étrangers.
Dans la rue Saint-Médard, Bevis Martin et Charlie Youle, un duo d’artistes originaires du Royaume-Uni et vivant à Rouen, installent Puzzle birds, un pavoisement aux allures d’oiseaux dont les formes ne sont pas le fruit du hasard mais la constitution d’un pavage, autrement dit l’association de deux formes identiques formant une seule image. Les oiseaux que l’on découvre sont donc à la fois des énigmes à déchiffrer et des formes jumelles à retrouver.
Sur la Place Saint-Médard, sur l’Esplanade Gérard Pichot et à l’EMAP, Tom Castinel présente Les Bien-Assis, une série d’assises créées en technique du rocaillage. Guidé par une armature métallique, le béton tend à imiter le minéral ainsi que le végétal. Ici, ce n’est pas tant la tentative d’imitation de la nature qui intéresse l’artiste, mais davantage la fonction du mobilier qu’il attribue à ces œuvres, ainsi que la qualité ornementale du béton brut.
Toujours sur la place Saint-Médard, Julien Poidevin, l’artiste intermédia propose une immersion dans un paysage sonore en construction : Archipel (sonore). Sa recherche artistique s’articule autour de dispositifs qui interrogent le rapport au corps et au territoire.
L’exposition Confluence : un ensemble de sculptures, photographies et estampes de l’Artothèque de Châtellerault s’immisce dans les salles du Musée Henri Barré, transformant l’espace en un terrain de dialogue où les époques se confondent. Les œuvres contemporaines, tantôt en résonance, tantôt en contraste avec les collections, créent des associations inattendues, bousculant les repères, enrichissant la lecture des œuvres et révélant de nouvelles perspectives.
Golnaz Payani en résidence à l’École Municipale d’Arts Plastiques. Elle y présente ses recherches en cours. L’artiste franco-iranienne développe un travail marqué par la mémoire, le temps et l’expérience du corps contraint.
Simon Boudvin investit le Conservatoire Tyndo, avec Tables 05, Carrières et Arbre. Ayant reçu une double formation de plasticien et d’architecte, l’artiste s’inspire des constructions vernaculaires, de l’architecture et des villes. Il crée aussi bien des images d’édifices imaginaires qu’il documente des reconversions incongrues, mais réelles de certains bâtiments. Ses sculptures interrogent l’invention et la circulation des matériaux, les techniques de construction et l’histoire socioculturelle de l’architecture.
Dans les Combles Renaissance, Florian de la Salle installe Synclinal (2025) et Buvards (2023-24). L’artiste développe une recherche autour de la chromatographie, une technique empruntée à la chimie qui lui permet de faire migrer des colorants ou des minéraux, dissous dans l’eau, dans des matériaux comme la porcelaine ou le papier buvard, par le phénomène de capillarité. À la croisée entre la rigueur scientifique et la démarche artistique, sa pratique explore la dimension poétique des expérimentations à travers l’étude de la couleur.
L’ÎLOT Airvault
Au Musée Jacques Guidez à Airvault, Chloé Dugit-Gros présente Tête-Corps-Coeur, l’exposition qui reprend et réinterprète la figure de l’Abribus aussi appelé « aubette ». Ce type d’infrastructures offre un lieu protégé, propre à l’attente et à des instants transitoires. Les jeunes s’y retrouvent, en proie à la réflexion, la discussion, la contemplation ou à l’imagination, avant que le bus ne vienne les chercher pour poursuivre leurs chemins.
L’exposition coproduite par Rurart, Centre d’Art Contemporain situé à l’Agricampus Poitiers-Venours à Rouillé.
Toujours au Musée Jacques Guidez, Simon Feydieu propose Mummy 2 : une œuvre hybride à la croisée de collage et d’installation. Nourri par la sculpture moderniste, l’esthétique surréaliste et Do It Yourself, l’artiste met en jeu la gravité et l’équilibre comme des forces contrariées : moteurs silencieux d’un basculement toujours possible. Il poursuit son projet en installant, sur la place des Promenades à Airvault, deux collages monumentaux et tridimensionnels intitulés La Promenade.