Pour cette exposition, Guillaume Linard-Osorio choisit de travailler avec l’existant. Il prend appui sur l’architecture de la Chapelle Jeanne d’Arc, ses vitraux, sa lumière et les récits qui l’habitent, pour déplacer notre manière de les regarder et repenser notre rapport aux images.
Le point de départ est le retour de trois vitraux de la nef, absents depuis trente et un an. Retrouvés récemment dans l’atelier du maître verrier, Philippe Brissy, auquel leur restauration avait été confiée à Saumur, ils réintègrent aujourd’hui la chapelle, mais dans des situations qui modifient leur fonction et leur perception. Leur retour n’est donc pas une simple restitution : les vitraux deviennent les éléments d’un dispositif qui interroge ce que nous regardons lorsque nous percevons une image.
Dans la crypte, ils sont présentés sur des racks de stockage et éclairés artificiellement. Ils ne sont plus des fenêtres traversées par la lumière du jour, mais des objets que l’on peut regarder pour eux-mêmes. La couleur, le verre, la transparence et la lumière deviennent visibles comme des matériaux. Le vitrail est ainsi séparé de son usage et de son emplacement habituel : il devient une image autonome.
Dans la nef, des miroirs placés à la jonction des fenêtres et des murs multiplient les vitraux. Les images se reflètent, se prolongent et se superposent. En se déplaçant, le visiteur ne voit jamais tout à fait la même chose : selon sa position, il perçoit le vitrail, son reflet ou les deux à la fois. L’ architecture devient alors un espace de circulation et de prolifération des images.
Dans le chœur, de grandes lentilles de Fresnel déforment les scènes représentées sur les vitraux. Les figures apparaissent agrandies, déplacées ou retournées. Les récits bibliques deviennent plus difficiles à lire et la représentation laisse progressivement place à une expérience optique. Ce que l’on voit dépend ici directement de la manière dont on regarde.
Les vitraux n’ont pas changé. Pourtant, leur lumière, leur contexte, leurs reflets ou leurs déformations les font apparaître autrement. Guillaume Linard-Osorio met ainsi en évidence la dimension matérielle et construite des images : elles ne sont jamais indépendantes du lieu, de la lumière, des dispositifs techniques et du regard qui les rencontre. A l’heure où les images nous entourent et se multiplient sans cesse, l’exposition invite ainsi à s’interroger sur les conditions dans lesquelles nous les regardons et la place qu’elles occupent dans notre perception du réel.
Le titre de l’exposition, La réponse du Nitrate d’argent, fait discrètement écho à cette attention portée aux matériaux et aux procédés de fabrication des images. Le nitrate d’argent intervient notamment dans les procédés d’argenture qui permettent de rendre une surface de verre réfléchissante. Transparence, réflexion, apparition et disparition deviennent alors autant de façons de mettre l’image à l’épreuve.
Regarder n’est donc plus seulement observer une image : c’est aussi faire l’expérience de ce qui la transforme.
Manon Corre